Évocation historique
De village en village, porter les marchandises et les nouvelles

Introduction
Pendant des siècles, les colporteurs ont parcouru les campagnes françaises. À pied, parfois accompagnés d'un mulet ou munis d'une petite voiture, ils transportaient sur leur dos ou dans leurs ballots des objets indispensables à la vie quotidienne.
Dans les villages isolés de Provence et des Alpes du Sud, leur arrivée constituait un événement. Ils apportaient des marchandises difficiles à trouver sur place, mais aussi des nouvelles venues d'autres vallées, des villes et d'un monde encore lointain.
Le colporteur était ainsi bien davantage qu'un marchand ambulant : il reliait entre eux des territoires séparés par la distance et le relief.
Repères
XVIIᵉ — XVIIIᵉ siècles
Le colportage est déjà solidement implanté dans les régions rurales et montagneuses. Certains hommes quittent leur village pendant plusieurs mois pour vendre leurs marchandises dans les campagnes, sur les foires et les marchés. Dans les Alpes, cette activité peut compléter les revenus modestes de l'agriculture et occuper les mois durant lesquels les travaux des champs ralentissent.
XVIIIᵉ siècle
Dans la région de la montagne de Lure, des colporteurs transportent notamment des plantes médicinales et d'autres produits recherchés par les habitants, les commerçants et les apothicaires. Leurs itinéraires relient les villages de montagne aux bourgs, aux marchés et aux villes de Provence.
XIXᵉ siècle
Le colportage connaît une place importante dans les campagnes. Les porteballes proposent des articles de mercerie, des étoffes, des rubans, des boutons, des aiguilles, de petits outils, des objets domestiques, des images ou des imprimés. Les marchandises varient selon les régions, les saisons et les moyens du colporteur.
Fin du XIXᵉ siècle
L'amélioration des routes et le développement du chemin de fer facilitent progressivement la circulation des personnes et des marchandises. Le train permet d'acheminer plus rapidement les produits jusqu'aux bourgs et aux vallées. Le colporteur continue néanmoins à parcourir les derniers kilomètres pour rejoindre les fermes, les hameaux et les villages éloignés des commerces.
Début du XXᵉ siècle
Le développement des boutiques, des transports, de la vente par correspondance puis des véhicules motorisés modifie profondément les habitudes commerciales. Les tournées à pied deviennent moins nombreuses. Dans certains territoires ruraux, quelques colporteurs continuent toutefois à exercer et apparaissent comme les derniers représentants d'un monde en voie de disparition.
Le colporteur transporte sa marchandise dans une balle, une caisse ou un ballot. Il doit sélectionner des objets à la fois utiles, légers et suffisamment solides pour résister aux longues journées de marche.
Au fil de ses tournées, il peut proposer des fils, des aiguilles, des boutons, des rubans, des étoffes, des lunettes, des couteaux, de petits outils, des almanachs, des images ou divers objets du quotidien.
Chaque étape est l'occasion de déplier quelques marchandises devant une maison, sur une place ou à l'entrée d'une ferme. Le chemin devient sa boutique et les villages composent sa clientèle.
Dans les Alpes du Sud, les distances, les pentes et les conditions météorologiques rendent les déplacements difficiles. Le colporteur suit les chemins muletiers, traverse les cols et relie des villages parfois éloignés les uns des autres.
Il marche en toute saison, chargé de son ballot. Il doit connaître les itinéraires, les lieux où trouver un abri et les maisons susceptibles de l'accueillir.
Son métier demande de l'endurance, mais aussi une grande capacité à établir une relation de confiance avec les habitants.
Le colporteur ne transporte pas seulement des objets. Parce qu'il circule d'un territoire à l'autre, il rapporte les nouvelles des foires, des villes et des villages voisins.
Son passage rompt l'isolement. Autour de lui, on échange des informations, des récits et parfois des rumeurs. Il raconte ce qu'il a vu sur les routes et recueille à son tour les histoires de ceux qu'il rencontre.
Il devient ainsi un trait d'union entre des communautés qui disposent encore de peu de moyens pour communiquer rapidement.
Le développement du chemin de fer rapproche progressivement les villages des villes et accélère l'acheminement des marchandises. Les commerces deviennent plus accessibles et les produits circulent autrement.
Le colporteur, qui reliait autrefois seul les territoires isolés, voit peu à peu son rôle diminuer. Son métier ne disparaît pas en un jour : il s'efface progressivement à mesure que les routes, les boutiques et les nouveaux moyens de transport transforment la vie rurale.
Iconographie







Illustrations et légendes issues de l'article « Colporteur » sur Wikipédia
« Dans sa boîte, il portait quelques marchandises et mille histoires recueillies sur les chemins. »
Citation artistique — univers de François Anto
Le personnage du Dernier colporteur appartient à l'univers de Le train vers ma Provence. Il incarne l'un de ces hommes qui parcouraient encore les chemins alors que leur métier commençait à disparaître.
Chargé de sa boîte et des souvenirs accumulés au fil de ses tournées, il connaît les villages, leurs habitants et leurs histoires. Son passage évoque un monde où les nouvelles voyageaient à la vitesse des pas et où chaque arrivée créait un moment de rencontre.
À travers lui, François Anto rend hommage à ces voyageurs modestes qui transportaient les objets nécessaires à la vie, mais également une part du monde extérieur.
Cette page propose une évocation historique générale du colportage dans les campagnes et les Alpes. Le dernier colporteur est un personnage appartenant à l'univers artistique de François Anto.