Patrimoine
Une sentinelle de pierre à l'entrée du village

Introduction
Au sud d'Annot, à proximité de l'entrée du village, une croix de grès se dresse sous un baldaquin porté par quatre colonnes de pierre calcaire.
Connue sous le nom de Croix romane, ou parfois de Croix romaine, elle ne daterait pourtant pas de l'époque romane. L'étude de son style conduit plutôt à la situer au XVIᵉ siècle.
Depuis plusieurs siècles, elle appartient au paysage d'Annot. Comme les croix de chemins, les calvaires, les oratoires, les églises et les chapelles de Provence, elle témoigne de la manière dont la foi, les déplacements et la vie collective ont marqué le territoire.



Repères patrimoniaux
1042
L'actuelle église Saint-Jean-Baptiste, autrefois dédiée à saint Pons, est mentionnée pour la première fois en 1042 dans une charte de donation à l'abbaye Saint-Victor de Marseille. Cette mention ancienne témoigne de la profondeur de l'histoire religieuse du village.
XIIᵉ siècle
Nichée au milieu des grès et dominant Annot, la chapelle Notre-Dame de Vers-la-Ville constitue l'un des principaux témoins de l'architecture romane locale. On y accède par un chemin dallé jalonné d'oratoires. La chapelle demeure associée au pèlerinage de la fête patronale de Saint-Fortunat, célébrée à la Pentecôte.
XVIᵉ siècle
Malgré son appellation, l'analyse stylistique de la Croix romane conduit à la dater vraisemblablement du XVIᵉ siècle. Taillée dans le grès, elle est protégée par un baldaquin formé de quatre colonnes en pierre calcaire. Certaines pourraient provenir d'un édifice plus ancien, peut-être d'un ancien cloître : cette origine demeure une hypothèse.
XVIIᵉ siècle
La chapelle de Vérimande aurait vraisemblablement été construite sur l'emplacement d'une chapelle plus ancienne, traditionnellement présentée comme templière. Précédée d'un auvent, elle demeure un lieu lié au pèlerinage et à la fête patronale de Saint-Fortunat.
1764-1765
La Croix romane apparaît sur la Carte de Provence des ingénieurs géographes militaires, réalisée en 1764-1765. Sa représentation confirme qu'elle constituait déjà un repère identifiable dans le territoire annotain au XVIIIᵉ siècle.
1830
La Croix romane figure également sur le plan cadastral de 1830. À quelques dizaines de mètres au nord se trouvait autrefois la chapelle Notre-Dame des Auches, elle aussi représentée sur plusieurs cartes anciennes.
Aujourd'hui
La Croix romane, l'église Saint-Jean-Baptiste, les chapelles de Vérimande et de Notre-Dame de Vers-la-Ville, ainsi que les oratoires et calvaires, forment un ensemble patrimonial toujours présent dans le paysage et dans la vie du pays d'Annot. Ces monuments racontent aussi les chemins empruntés, les rassemblements, les pèlerinages et les générations qui ont vécu autour d'eux.
En Provence, les croix occupent depuis des siècles une place particulière. Elles peuvent se trouver à l'entrée d'un village, sur une place, près d'une église, au bord d'un chemin ou à la croisée de plusieurs routes.
Certaines signalent un lieu de dévotion ou une étape de procession. D'autres ont été élevées en souvenir d'un événement, dans le cadre d'une mission religieuse ou pour marquer symboliquement les limites d'un territoire habité.
Placées dans le paysage quotidien, elles deviennent à la fois des signes religieux, des repères géographiques et des éléments de la mémoire collective.
Une croix de chemin se compose généralement d'une croix isolée, parfois élevée sur un socle de pierre. Le calvaire propose une représentation plus développée de la Crucifixion et peut comporter plusieurs figures ou plusieurs croix.
L'oratoire est un petit édifice destiné à abriter une image, une statue ou un symbole religieux. Il invite à la halte et au recueillement.
Dans les campagnes et les montagnes provençales, ces édifices accompagnaient les déplacements à pied. Ils ponctuaient les chemins reliant les villages, les hameaux, les chapelles et les lieux de pèlerinage.
À Annot, le chemin conduisant à la chapelle Notre-Dame de Vers-la-Ville est ainsi jalonné d'oratoires.


Au cœur du village, l'église Saint-Jean-Baptiste constitue un repère majeur de l'histoire d'Annot.
Autrefois dédiée à saint Pons, elle apparaît dans les textes dès 1042. Transformée au cours des siècles, elle témoigne de la continuité de la vie religieuse et communautaire du village.
L'église, son clocher, les ruelles et les maisons anciennes composent un paysage dans lequel l'histoire religieuse se mêle à la vie quotidienne des Annotains.



Dominant Annot depuis les grès, la chapelle Notre-Dame de Vers-la-Ville est accessible par un ancien chemin dallé bordé d'oratoires.
Son implantation en hauteur donne au parcours une dimension particulière : la marche fait partie de la découverte du lieu. Architecture, paysage et tradition du pèlerinage s'y rencontrent.
La chapelle, datée du XIIᵉ siècle, demeure notamment associée à la fête patronale de Saint-Fortunat.






La chapelle de Vérimande appartient elle aussi au patrimoine religieux du pays d'Annot. Son origine précise reste en partie incertaine : elle aurait été construite sur l'emplacement d'un édifice plus ancien.
Précédée d'un auvent et intégrée au paysage du village, elle est encore aujourd'hui liée au pèlerinage de Saint-Fortunat.
Cette continuité rappelle que les chapelles rurales ne sont pas seulement des monuments : elles ont longtemps constitué des lieux de rassemblement, de marche, de prière et de transmission entre les générations.





La Croix romane se distingue par son architecture : la croix de grès est protégée par un baldaquin soutenu par quatre colonnes calcaires.
Son nom traditionnel ne correspond vraisemblablement pas à sa datation historique : l'étude de son style conduit à la situer au XVIᵉ siècle, et non à l'époque romane.
Elle se trouvait autrefois à proximité de la chapelle Notre-Dame des Auches, aujourd'hui disparue. Sa présence sur des cartes anciennes montre qu'elle constituait depuis longtemps un repère du territoire.
Sa pierre porte les traces du temps. Elle a vu passer les habitants, les voyageurs et les générations qui entraient dans Annot ou en quittaient les chemins.
Situer les lieux
La Croix romane
Au sud du village, à proximité de l'entrée d'Annot
Église Saint-Jean-Baptiste
Au cœur du village
Chapelle de Vérimande
En bordure du village, précédée d'un auvent
Notre-Dame de Vers-la-Ville
Sur les hauteurs, au milieu des grès
Dans l'univers de Le train vers ma Provence, la Croix devient un personnage et prend symboliquement la parole.
Elle observe le village, les départs, les retours et le passage du temps. Présente alors que les vies humaines se succèdent, elle incarne à la fois la permanence de la pierre, la fragilité des souvenirs et le lien entre les générations.
À travers la chanson « Je suis la croix », François Anto propose une évocation artistique librement inspirée de la Croix romane d'Annot et du patrimoine religieux du pays. Les éléments historiques présentés plus haut concernent le monument réel ; la parole poétique et la personnification appartiennent à l'œuvre.
« J'ai vu passer les hommes, leurs prières, leurs départs et leurs retours. »
Citation artistique — univers de François Anto
Cette page associe la présentation d'un monument réel du patrimoine annotain à son évocation poétique dans l'univers de François Anto. La personnification de la Croix appartient à l'œuvre Le train vers ma Provence.