01 — Le Train des Pignes

Le Train des Pignes

Un voyage entre la Méditerranée et les Alpes

La locomotive à vapeur E 211 du Train des Pignes en gare

Le Train des Pignes n'est pas seulement un moyen de transport. Il relie les vallées, traverse les montagnes et accompagne depuis plus d'un siècle la vie des villages de l'arrière-pays niçois et de la Haute-Provence.

Dans Le train vers ma Provence, il devient un personnage à part entière. Il porte les voyageurs, les souvenirs, les départs et les retrouvailles. Son passage donne un rythme au récit et réunit les destins de l'instituteur, de Giuseppe et Francesca, du dernier colporteur, de Louis l'ancien et de tous ceux qui vivent au pays d'Annot.

L'histoire du Train des Pignes

Une ligne née d'un rêve

En 1861, l'ingénieur dignois Alphonse Beau de Rochas imagine une liaison ferroviaire capable de relier Nice aux Alpes en passant par les vallées du Var, du Verdon et de la Bléone.

Le relief impose des choix audacieux. Pour franchir les montagnes, suivre les vallées étroites et négocier des courbes serrées, les ingénieurs adoptent une voie métrique, dont les rails sont espacés d'un mètre.

La construction commence à la fin du XIXᵉ siècle. Elle mobilise pendant plusieurs décennies des centaines d'ouvriers. Il faut creuser la roche, élever des viaducs, construire des ponts et ouvrir des tunnels dans une montagne souvent instable.

La ligne Nice–Digne représente environ 150 kilomètres de voie. Elle emprunte vingt-cinq tunnels, seize viaducs et quinze ponts métalliques. Le tunnel de la Colle-Saint-Michel, long de près de 3,5 kilomètres, constitue l'un des ouvrages les plus spectaculaires du parcours.

L'arrivée du train au pays d'Annot

Parties simultanément de Nice et de Digne, les voies progressent lentement vers le cœur des montagnes. Le train atteint Puget-Théniers en 1892, puis Entrevaux et Pont-de-Gueydan en 1907. Les travaux parviennent jusqu'à Annot en 1908.

En 1911, la jonction entre Annot et Saint-André-les-Alpes permet enfin de parcourir toute la ligne entre Nice et Digne.

Pour Annot et les villages environnants, l'arrivée du chemin de fer constitue une transformation considérable. Les habitants peuvent circuler plus facilement, les marchandises gagnent de nouveaux marchés et les vallées jusque-là isolées s'ouvrent progressivement au reste de la Provence.

La gare devient un lieu de passage et de vie. On y attend un proche, on y expédie des produits, on y découvre les voyageurs venus de Nice ou de Digne. Elle est à la fois le seuil du départ et celui du retour.

Pourquoi l'appelle-t-on « Train des Pignes » ?

L'origine exacte de ce surnom demeure incertaine et plusieurs histoires se transmettent depuis des générations.

Selon la plus célèbre, le train à vapeur avançait autrefois si lentement que les voyageurs pouvaient en descendre pour ramasser des « pignes », nom provençal donné aux pommes de pin, puis remonter dans les voitures.

Une autre légende raconte que les pommes de pin tombant le long de la voie auraient parfois servi à alimenter une locomotive manquant de combustible.

D'autres récits évoquent les pignes rapportées à la ville par les voyageurs ou encore la suie des locomotives, qui les aurait fait ressembler aux « pignates », les anciennes marmites niçoises.

Aucune de ces versions ne s'est imposée avec certitude. Elles témoignent cependant de la place affective prise par ce train dans l'imaginaire provençal.

Une ligne, deux expériences ferroviaires

Il convient de bien distinguer :

  • le Train des Pignes régulier, service public des Chemins de fer de Provence reliant Nice à Digne-les-Bains avec des autorails contemporains ;
  • le Train des Pignes Historique, train touristique à vapeur animé par le Groupe d'Étude pour les Chemins de fer de Provence — GECP.

Depuis 1980, les bénévoles du GECP font revivre les voyages d'autrefois sur une partie de la ligne. Ils restaurent et entretiennent des locomotives, des autorails et des voitures anciennes, tout en contribuant à la sauvegarde et à la transmission du patrimoine ferroviaire des Chemins de fer de Provence.

Le train historique circule notamment au départ de Puget-Théniers, en direction d'Entrevaux, d'Annot ou du Fugeret selon les programmes et les conditions d'exploitation.

Découvrir le Train des Pignes Historique

Horaires, circulations et réservations sur le site officiel du Train des Pignes Historique.

Frise chronologique

  1. 1861

    Le premier projet

    Alphonse Beau de Rochas imagine une liaison ferroviaire entre Nice et les Alpes.

  2. 1882

    Le projet est approuvé

    Les autorités donnent leur accord. La voie métrique est retenue pour s'adapter au relief montagneux.

  3. 1890

    Le début des grands travaux

    La Compagnie des chemins de fer du Sud de la France entreprend la construction de la ligne.

  4. 1891

    Digne–Mézel

    Le premier tronçon au départ de Digne est ouvert entre Digne-les-Bains et Mézel.

  5. 1892

    Deux lignes progressent

    Le train atteint Puget-Théniers depuis Nice et Saint-André-les-Alpes depuis Digne.

  6. 1900

    La montagne est percée

    Le chantier du tunnel de la Colle-Saint-Michel marque une étape décisive dans la réunion des deux sections.

  7. 1907

    Entrevaux et Pont-de-Gueydan

    Le chemin de fer poursuit sa progression dans la vallée du Var.

  8. 1908

    Le train atteint Annot

    L'arrivée de la voie ferrée ouvre une nouvelle époque pour le village et le pays d'Annot.

  9. 1911

    Nice et Digne enfin réunies

    L'achèvement de la section entre Annot et Saint-André-les-Alpes permet la circulation sur l'ensemble de la ligne.

  10. 1925

    Les Chemins de fer de Provence

    La compagnie prend le nom de Compagnie des Chemins de fer de Provence.

  11. 1933

    Une première interruption

    La chute du trafic et les difficultés financières provoquent l'arrêt temporaire de l'exploitation.

  12. 1935

    L'arrivée des autorails

    Les premiers autorails Renault modernisent la ligne et réduisent le temps de trajet entre Nice et Digne.

  13. 1946

    La ligne reprend vie

    Après les destructions et les interruptions de la Seconde Guerre mondiale, le service est rétabli.

  14. 1959

    Une ligne menacée

    Un projet de fermeture suscite la mobilisation des élus, des habitants et des défenseurs du chemin de fer.

  15. 1968

    La sauvegarde s'organise

    La création du syndicat mixte SYMA permet de préserver la liaison ferroviaire.

  16. 1980

    Le retour de la vapeur

    Le GECP commence à faire circuler le Train des Pignes Historique à vapeur.

  17. 2007

    La Région prend la responsabilité de la ligne

    Les Chemins de fer de Provence passent sous l'autorité de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

  18. 2011

    Le centenaire

    La ligne Nice–Digne célèbre cent années de circulation sur l'intégralité de son parcours.

  19. 2014

    Une exploitation en régie régionale

    La Régie Régionale des Transports Provence-Alpes-Côte d'Azur reprend directement l'exploitation du service public ferroviaire.

  20. Aujourd'hui

    Un patrimoine vivant

    Le Train des Pignes demeure à la fois un moyen de transport quotidien, un lien entre les territoires et un symbole profondément attaché à l'histoire de la Provence.

Le Train des Pignes dans l'œuvre

Dans Le train vers ma Provence, le train traverse les paysages comme il traverse le temps.

Il fait naître les histoires et relie les personnages. Il conduit vers Annot celles et ceux qui viennent y bâtir une vie nouvelle. Il accompagne les écoliers, les voyageurs, les ouvriers et les anciens. Il demeure enfin lorsque les générations passent.

Le sifflement de la locomotive, la vapeur qui recouvre le quai et le mouvement des roues deviennent les battements d'un même récit : celui d'un territoire, de ses habitants et de leur mémoire.

Découvrir l'œuvre Le train vers ma Provence

Galerie

La locomotive à vapeur E 211 des Chemins de fer de Provence en tête de rame
La cheminée de la locomotive à vapeur crachant sa fumée au départ
Les voitures historiques vertes du Train des Pignes à quai en gare
Des bénévoles du GECP préparant la locomotive à vapeur avant le départ
La locomotive et la plaque Henschel & Sohn, Cassel, 1923, devant les montagnes
Détail des roues, bielles et purgeurs de la locomotive à vapeur
Le panache de fumée de la locomotive s'élevant dans le ciel de Provence
Le train à vapeur en gare, entouré de voyageurs, au pied des montagnes

Avec l'autorisation du GECP pour les prises du vue du Train des Pignes historique.